ABO : l’importance des groupes sanguins

Selon l’Etablissement Français du Sang, les Français seraient majoritairement du groupe sanguin A+ suivi de O+.

Il existe des dizaines de système de groupes sanguins : rhésus, Kell, HLA. Mais le plus célèbre reste le système ABO. Cette distinction entre les différents groupes sanguins vient de la présence de marqueurs appelés des antigènes. Il en existe de deux types : le type A et le type B. Ces antigènes vont être reconnus par des anticorps spécifiques. Un individu du groupe sanguin A possède des anticorps anti-B et un individu du groupe sanguin B possède des anticorps anti-A. Le groupe sanguin O ne possède aucun antigène, aucun marqueur sur ses globules rouges. Le sang d’un individu O contient des anticorps anti-A et anti-B. Si un anticorps repère un antigène qui n’est pas du bon groupe sanguin, ils s’agglutinent et provoquent la destruction des cellules. Ça peut être très grave, entraînant le rejet de la transfusion, voire le décès du transfusé.

Type sanguin (antigène)AB0AB
Anticorpsanti-Banti-Aanti-A et anti-Baucun

Il est donc crucial de pouvoir transfuser des globules rouges qui correspondent aux personnes transfusées. Le groupe sanguin O ne possède aucun antigène, aucune substance sur ses globules rouges. Il ne peut donc être reconnus ni par les anticorps anti-A ni par les anticorps anti-B, c’est pour cela qu’on parle de donneur universel. Le sang de type O est transfusé aux patients lorsque la transfusion est tellement urgente que le temps manque pour tester le groupe sanguin du patient et aux bébés. Il est ainsi très demandé et presque toujours en pénurie.

Un des moyens envisagé à l’heure actuelle serait de transformer tous les types sanguins en type 0. Ce que les scientifiques imaginent c’est de pouvoir, grâce à des ciseaux moléculaires, les enzymes, ils puissent venir couper les antigènes. Cela transformerait les groupes sanguins A, B ou AB en O, résolvant ainsi les problèmes de différences des stocks.  

Alicia Aloisi (@AliciaAloisi) et Edoxie Allier (@AllierEdoxie)

Le don du sang : de la poche aux patients

Selon l’Etablissement Français du Sang (EFS), près de 2,8 millions de dons de produits sanguins auraient eu lieu en France en 2016. 2,5 millions de ces dons sont de sang total, 330 000 de plasma et 12 000 de plaquettes. Retour sur le voyage du sang: du donneur au receveur.

Le sang est un liquide corporel constitué de différents éléments. Le plasma, un mélange d’eau et de protéines qui servent notamment à la coagulation, représente 55% du volume sanguin. Les globules rouges, bien connus pour leur rôle de transport de l’oxygène, forment eux 44% de ce volume. Les 1% restants sont les plaquettes, responsables de la coagulation, et les globules blancs, qui préviennent les infections.

Voyage d’une poche

Une fois le don effectué, la poche de sang part en centre de traitement. Là-bas, les différents éléments sanguins sont séparés par centrifugation. Le principe de la centrifugation est simple : il s’agit de faire tourner très rapidement un liquide. Les éléments les plus lourds vont être amenés le plus loin, tandis que ceux léger restent plus proche du centre. Ainsi en prélevant les substances selon leur poids, on recueille du plasma, des plaquettes et des globules rouges. Lors d’un don de plasma ou de plaquettes, cette centrifugation a lieu en maison du don sur les machines puis une partie des substances sanguines sont réinjectées au donneur (lors d’un don de plasma sont réinjecté les globules rouges et les plaquettes par exemple). En fin de compte, on obtient séparément des poches de plasma, globules rouges et plaquettes.

Conserver les produits

Une fois cette séparation faite, les globules blancs doivent être retirés du sang car ils risquent de transmettre des maladies ou de provoquer des chocs. On appelle cela la déleucocytation. Le plasma est congelé entre -25°C et -35°C durant 1 an, les globules rouges sont conservés entre 2°C et 5°C pendant 42 jours. Les plaquettes ne supportent pas le froid, elles sont donc traitées aux UVB avec un produit chimique. Cette étape permet d’empêcher la prolifération des pathogènes. Elles ne se conservent que 5 jours.

Parallèlement, des tubes qui ont été prélevés au donneur sont analysés. On analyse la présence de virus, de bactéries ou de virus. On analyse également la sérologie du donneur, son taux de fer, de plaquettes… est testé aussi systématiquement le groupe sanguin du donneur.

Pour qui?

Les poches de plasma seront transfusées à des patients souffrants de troubles de la coagulation, de déficits immunitaires ou serviront à fabriquer des médicaments. Les poches de plaquettes seront transfusées à des personnes atteintes de leucémies, de maladies de la moelle osseuse, d’infections ou qui suivent des radio- ou des chimiothérapies. Les globules rouges, eux, seront utilisés pour soigner les anémies (manque de fer dans le sang, celui-ci sert à transporter l’oxygène), les ischémies (lorsqu’un tissu n’est plus oxygéné) ou encore les chocs hémorragiques.

Edoxie Allier (@AllierEdoxie), Alicia Aloisi (@AliciaAloisi)

Ionos : innovations de communication entre biologie et technologie

Le projet Ionos bénéficie d’un financement de l’ERC pour développer une interface entre le vivant et la machine. Les applications sont nombreuses : implants bioniques, intelligence artificielle et traitement des maladies dégénératives.

« Le projet Ionos, c’est comment utiliser les technologies pour aider à comprendre le cerveau et comment utiliser le cerveau pour développer des technologies », déclare Fabien Alibart, porteur du projet. © Activedia

« Ça fait extrêmement plaisir. C’est la reconnaissance du travail de Fabien »,s’exclame Sophie Halliez, collaboratrice au projet Ionos. Fabien Alibart est lauréat de la bourse ERC d’une valeur de près de 2millions d’euros. Le projet développe une interface de communication entre le vivant et l’électronique. « Le but d’Ionos est de construire et cultiver un mini-cerveau en laboratoire et d’étudier son fonctionnement »,résume-t-elle.

N’allez pas croire que ce mini-cerveau est un encéphale gros comme une noix,cultivé en labo. Il prend la forme d’une puce électronique. Elle est recouverte d’une substance organique pour dialoguer avec les cellules du système nerveux comme les neurones. La puce traduirait le langage biologique en langage informatique. « Le challenge de la communication est de traduire et d’exploiter l’information neuronale »,souligne Fabien Alibart. Le projet présente deux approches :bionique et neuromorphique. La première étudie le fonctionnement du cerveau. La seconde se base sur les réseaux neuronaux pour innover en matière de technologies. Autrement dit : utiliser le cerveau pour aider la technologie et inversement.

Prothèses connectées, implants visuels et auditifs, stimulateurs cérébraux. Plusieurs applications médicales découleraient du projet Ionos. « On s’intéresse à des systèmes intelligents autonomes qui peuvent être intégrés facilement, explique Fabien Alibart. On a de vraies contraintes techniques pour avoir des systèmes compacts, de basse énergie et portables. » Les dispositifs pour les personnes aveugles transmettent les signaux de la caméra au nerf optique par le biais d’un ordinateur portatif. La vision de l’œil bionique n’est pas au point. L’image très pixélisée permet seulement de détecter les variations lumineuses. L’aide visuelle nécessite aussi des procédures invasives pour installer l’implant sous le crâne. « Actuellement les bénéfices sont réels mais limités, d’où l’urgence de développer ces nouvelles technologies », souligne Sophie Halliez.

Le machine learning

Le projet Ionos se répercute aussi dans le domaine de l’intelligence artificielle. « Les systèmes informatiques ne s’adaptent pas comme les réseaux neuronaux », insiste Fabien Alibart. Les réseaux neuronaux sont plastiques. Ils établissent des nouvelles connexions en fonction des signaux reçus. L’idée est de construire des algorithmes de machine learning qui s’inspirent du fonctionnement du cerveau. Les « neurones informatiques » de l’algorithme reçoivent et mémorisent des données qui servent de base d’apprentissage. Toutes les nouvelles informations sont traitées par le réseau et génèrent des connexions supplémentaires. L’équipe cherche à apprendre au réseau neuronal à reconnaître une image. « Le système regarde des images et apprend à les classer selon des catégories », explique-t-il. La médecine utilise ce type d’apprentissage pour faciliter les diagnostics. L’ordinateur synthétise plusieurs images de cancers. La machine peut alors détecter des tumeurs au niveau du pixel, invisibles pour les praticiens.

Les maladies neurodégénératives

Les retombées d’Ionos dépassent l’univers informatique. Pour Sophie Halliez, « mieux communiquer avec le vivant permettra de mieux comprendre les maladies neurodégénératives, comme Alzheimer et Parkinson ». La maladie d’Alzheimer résulte de l’accumulation d’une protéine cellulaire anormale. Cela provoque la dégénérescence des neurones et donc des lésions cérébrales. Les premières lésions apparaissent dans une zone dédiée à la mémoire. Elles se propagent ensuite aux autres régions du cerveau via des connexions neuronales. « Ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à modéliser des réseaux neuronaux complexes pour ensuite reproduire ce qui se passe dans la pathologie », expose-t-elle. Pour cela, elle cultive des neurones sur une puce électronique et enregistre leur activité. « Comprendre les mécanismes de transmission de ces dysfonctionnements permettrait de rétablir les connexions neuronales », s’enthousiasme Sophie Halliez. Ses espoirs : modéliser ce qui se passe dans le cerveau des patients pour tenter de corriger les pathologies.

Marie Terol, Julie Vénier (@VenierJulie) et Audrey-Maude Vézina (@audreym_vezina)

Vers un dialogue Homme-machine ?

Ionos, l’ambitieux projet mené par Fabien Alibart, veut faire converser deux irréconciliables : le vivant et la technique. Quels outils pour médier ce dialogue ?

Nos neurones nous permettent de communiquer ensemble.
Demain avec un ordinateur ? 
Crédit photo Geralt https://pixabay.com/fr/users/geralt-9301/ 

 De nombreuses situations cocasses reposent sur d’innombrables incompréhensions.La communication est déjà si compliquée lorsqu’on parle la mêmelangue… alors que dire de deux systèmes complètement étrangers.Et quels mondes plus différents que ceux de la silice et du carbone,de la machine et de la nature ? C’est ce défi que propose de relever Fabien Alibart, chercheur à l’Institut d’Electronique, de Microélectronique et de Nanotechnologie (IEMN) de Lille. Soutenu par l’Europe via la bourse ERC (European Research Council), son projet Ionos explorera pendant 5 ans les possibilités de faire dialoguer le vivant et la technique, ainsi que leurs implications thérapeutiques.

Des dialectes

Leurs langages sont différents mais pas diamétralement opposés. Chez les machines, la communication s’effectue par des mouvements d’électrons dans des matériaux métalliques. Un électron est une particule chargée électriquement qui « saute » d’un atome à l’autre ; c’est ce qui crée le courant.

Mais chez les animaux, « les neurones obéissent à des flux ioniques », explique Sébastien Pecqueur, chercheur à l’IEMN. Les informations sont transmises de neurones en neurones par des déplacements d’ions (des molécules chargées) le long des axones, les « bras » des neurones . Ces mouvements entre l’extérieur et l’intérieur des cellules neurales permettent la propagation du message.

Il s’agit donc, dans les deux cas, d’un message électrique ; et malgré leurs différences, les ions et les électrons peuvent effectivement communiquer. Ils réagissent à la présence les uns des autres. Il serait donc possible de passer d’un système à l’autre, pour peu que les particules soient mises dans les bonnes conditions.

Des capteurs à la pointe

Les capteurs OECT (transistors électro-chimiques organiques), développés à l’IEMN, sont une des solutions envisagées. « Ces dispositifs sont sensibles à la fois aux signaux électroniques et aux ions »poursuit Sébastien Pecqueur. Pour les fabriquer : « on baigne deux électrodes dans une solution qui contient des monomères », des petites molécules. En envoyant un flux d’électrons dans ces électrodes, les monomères s’agrègent en une molécule plus grande : un polymère. Cette molécule relie les deux électrodes. Le capteur est prêt.

Le capteur ainsi formé est sensible à deux paramètres : d’une part le potentiel électrique qui passe par les électrodes et d’autre part la concentration en ions de l’environnement local. « La stratégie du projet Ionos ? Utiliser la sensibilité des OECT aux ions pour traduire ce qui se passe dans les neurones » s’enthousiasme le post-doctorant ! La machine peut donc lire les informations du neurone.

Une communication bi-directionnelle

Différents appareillages pourraient permettre de détecter directement auprès des neurones leurs neuro-transmetteurs. Un neuro-transmetteur est une molécule qui transmet l’information d’un neurone à un autre au niveau des synapses. Par exemple, la dopamine est impliquée dans la sensation de récompense. « On peut venir capturer la dopamine en fonction de la charge électrique qu’elle porte. On peut aussi jouer sur l’affinité qu’elle peut avoir pour d’autres molécules  pour la détecter», explique Yannick Coffinier, chercheur à l’IEMN.

Mais l’innovation va plus loin. La technologie pourrait aussi fonctionner dans l’autre sens, c’est-à-dire transmettre des informations aux neurones ! Une des méthodes en voie de développement par le projet Ionos repose sur les pompes ioniques. Yannick Coffinier décrit : « Ce sont des systèmes qui peuvent libérer des ions. Ils interfacent avec des neurones biologiques et entraînent la libération de neuro-transmetteurs. » Cette technologie ouvre une myriade d’applications médicales.

Grâce à Ionos, le vivant pourra donc parler à la machine – et vice et versa. Reste à savoir ce qu’ils auront à se dire.

Edoxie Allier (@AllierEdoxie) & Nicolas Butor (@ButorNicolas)

Lancement de l’aventure Ionos, à l’interface entre l’électronique et le biologique

Le gratin académique et politique des Hauts-de-France s’est réunis le 8 novembre 2018 pour fêter le financement par l’ERC du projet Ionos. Reportage. 

Le soleil est de la partie pour le lancement du projet Ionos à l’IEMN.
Copyright : Edoxie Allier

Le soleil brille sur l’innovation scientifique à Lille. Le 8 novembre 2018, des chercheurs de l’Institut d’électronique, de micro-électronique et de nanothechnologie (IEMN), appartenant au CNRS, donnent le top départ du projet Ionos. Celui-ci vise à créer des interfaces pour faire communiquer le biologique avec l’électronique. Mais comment? Entre les coupes de champagne, Fabien Alibart, porteur du projet, nous l’explique : « Dans le vivant, ce sont les ions qui portent les informations. Dans les technologies, ce sont les électrons. Le projet Ionos a pour objectif de les faire communiquer. » Et si les bulles sont de sortie, c’est parce qu’on fête le financement de 1,9 million d’euros de la part du Conseil européen de la recherche (ERC), raison de la célébration au sein de ce bâtiment à l’allure futuriste.

Des neurones artificiels pour mieux comprendre les neurones cérébraux

Selon le jeunescientifique à la carrure de catcheur, l’inspiration de Ionos est à chercher… dans le cerveau humain : « On a voulu créer des neurones artificiels basées sur les neurones biologiques, grâce à l’intelligence artificielle. » Mais recréer un neurone ne suffit pas. Sophie Halliez, chercheuse à l’Inserm qui participe au projet comme aux festivités d’inauguration, nous précise que « sur un même neurone,il peut y avoir plus de 100.000 zones de transmission d’informations. Un neurone ne fonctionne jamais seul », insiste-t-elle. Donc, l’objectif est de crée rdes réseaux neuronaux in vitro, imitant les réseaux in vivo, qui puissent nous aider à mieux comprendre le fonctionnement de nos réseaux neuraux. 

Cette connaissance du fonctionnement cérébral pourrait ensuite nous aider à mieux comprendre les maladies neurogénératives. Devant le gratin de l’académie lilloise, dans l’amphithéâtre principal de l’IEMN, Sophie Halliez explique : « On pourra différencier les conséquences d’un vieillissement pathologique et d’un vieillissement normal, pour identifier les dysfonctionnements le plus tôt possible et arrêter l’avancement de la maladie. » Et ainsi, identifier les mécanismes pathologiques et identifier des marqueurs biologiques présents dès les premières phases de ces pathologies. 

De l’électronique pour communiquer avec le biologique

En plus d’imiter le vivant, ces technologies pourront aussi lui parler. Pendant que les verres dansent et que les petits fours disparaissent, Fabien Alibart prend un moment pour nous dévoiler que « l’ambition est de développer une électronique permettant de communiquer efficacement avec les systèmes de neurones ». Ce qui pourrait avoir un énorme potentiel thérapeutique. Selon Sophie Halliez, ces systèmes permettraient de stimuler le cerveau pour empêcher la propagation des maladies telles qu’Alzheimer ou Parkinson : « Chez les malades de Parkinson, on a montré que les stimulations cérébrales ont une véritable efficacité de traitement, permettant une amélioration du contrôle des mouvements. Elle ajoute que pour les patients d’Alzheimer, ces types de stimulation restaurent partiellement la mémoire. »

D’autres usages potentiels de ces technologies sont les prothèses. « Mieux interfacer avec le vivant permettra de développer des prothèses plus performantes et intelligentes, capables d’interagir avec les circuits dysfonctionnels pour revenir à une activité normale », s’enthousiasme Mme Halliez. Ainsi, l’on pourrait créer des prothèses bi-directionnelles qui peuvent recevoir des ordres du cerveau mais aussi lui renvoyer des informations sensorielles. Et permettre ainsi de retrouver le sens du toucher, ou de la vue. C’est le cas des implants rétiniens proposés pour les patients souffrant de dégénérations de la rétine. Selon M. Alibart : « Mieux comprendre le cerveau grâce aux nouvelles technologies permettrait d’atténuer, grâce à un système de caméra externe, les difficultés des personnes aveugles. » Des caméras qui enverraient des informations au cerveau pour contourner des yeux défaillants. 

Des partenaires pour porter le projet

Maintenant, place aux officiels. Des discours bien rodés s’enchaînent sur la scène de l’IEMN. Les interventions sont expédiées en quelques minutes, égrainant «fierté », « projet innovant », « ambition », « mobilisation », etc. Une certaine redondance dans les interventions mais une formalité obligatoire pour chaque partenaire, envieux de montrer leur propre engagement. « La région est très fière de voir que c’est sur notre territoire que vous avez débuté vos travaux », affirme avec satisfaction Irène Peucelle, conseillère générale des Hauts-de-France.

Ils expriment, chacun leur tour, l’honneur de voir éclore le projet de Fabien Alibart dans la région et l’importance des contributions de leurs institutions respectives à celui-ci. « L’IEMN est fier de proposer un environnement exceptionnel pour permettre aux chercheurs de pousser les frontières de la connaissance » déclare Lionel Buchaillot, directeur de l’IEMN qui accueillera le projet Ionos dans ses locaux. D’autres dégainent la métaphore pour montrer l’importance des partenaires : « Ils sont comme des fées autour d’un bien beau bébé prêt à grandir », image avec un trait d’humour le souriant Jean-Christophe Camart, président de l’Université de Lille.

Un financement pour se développer

Pour développer un projet, il est en effet nécessaire d’avoir à disposition des locaux, d’être encouragé par le monde de la recherche et universitaire. Et surtout de percevoir des aides financières. D’ailleurs qui finance le projet Ionos, et à quel montant ? Si on ne s’en réfère qu’au dossier de presse distribué en début de conférence, le budget total n’est composé que de la bourse ERC de 1.898.520 euros venu récompenser Fabien Alibart. Le budget est divisé en trois pôles : 16 % pour les frais de gestion, 21 % pour l’équipement, diffusion et environnement du chercheur, et 63 % pour les Ressources Humaines qui « permettra d’engager des personnes en CDD » nous explique Fabien Alibart.

La recherche ne génère que très peu de profit, voir pas du tout,alors on s’inquiète. Comment tenir pendant 5 ans avec ce budget qui semble un peu léger ? Mais Lionel Buchaillot, d’un ton rassurant, nous explique : « Le laboratoire IEMN reçoit chaque année 2 millions d’euros de subventions venant de l’État qui profitent indirectement au projet. De plus on reçoit des fonds de la Région, du Conseil Général, de la MEL et même de l’Europe via le Feder (le Fonds européen de développement régional). » Pas de quoi se faire du soucis du coup. « Nous recevons en plus une contribution de un million d’euros du CNRS chaque année », ajoute-t-il.

Ionos ne demande qu’à se développer. Objectif à long terme : produire ces dispositifs à grande échelle pour permettre à toutes les personnes qui nécessitent cette technologie d’y avoir accès. Peut-être que, grâce à Ionos, ce beau soleil d’automne brillera un jour pour ces patients.

NicolasGutierrez (@n6g6c) et Robin Lemoine (@RobinLemoine)

Lionel Buchaillot : « Il faut réserver beaucoup de temps pour la recherche ! »

Rencontre avec Lionel Buchaillot, directeur de l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologie (IEMN) du CNRS à Lille.

Grâce au financement accordé par la prestigieuse bourse du Conseil européen de la recherche (ERC), l’IEMN a lancé le projet IONOS le 8 novembre 2018. Porté par Fabien Alibart, les travaux visent à développer des outils électroniques pour communiquer avec des systèmes neuronaux biologiques.

Lionel Buchaillot dirige l’institut depuis 2010. Son rôle dans le projet IONOS est « de faciliter le travail des chercheurs ». En 2002, ses travaux ont aussi été récompensés par la médaille de bronze du CNRS. Ses recherches portent sur des micro et nanosystèmes. Il a développé notamment des sondes qui permettent d’analyser la matière à l’échelle atomique.

Fabien Alibart parle du projet IONOS

À l’occasion de la présentation du projet IONOS le 8 novembre 2018, Fabien Alibart, chercheur à l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologies (IEMN), nous a accordé une entrevue.

Fabien Alibart vient de décrocher une bourse du prestigieux Centre européen pour la recherche (ERC). D’un montant de 1,8 million d’euros, ce financement lui permettra de travailler pendant 5 ans sur le projet IONOS. Ce projet pluridisciplinaire s’intéressera à mieux comprendre les systèmes de communication neuronale, et à développer une électronique adaptée à la biologie. Fabien Alibart espère ainsi optimiser les interactions entre la machine et le vivant. Parmi les applications possibles de ces recherches, la fabrication de prothèses rétiniennes, cochléaires et de membres.

Nanotechnologies : un débat brûlant entre progrès et éthique

Alors que le projet Ionos est lancé, le 8 novembre 2018, au centre de l’Institut d’électronique de microélectronique et de nanotechnologie de Lille, nous avons interrogé le généticien Patrick Gaudray sur les questions d’éthique qu’implique cette discipline scientifique aux confins de l’infiniment petit.

Des nanotubes de carbone. Crédit photo : Cintersimone

Le projet Ionos porté par Fabien Alibart et primé par le Conseil européen de la recherche s’inscrit dans le champ des nanotechnologies. Or cette discipline scientifique pose de nombreuses questions en termes d’éthique. A l’occasion du lancement officiel de Ionos, le 8 novembre 2018 à l’Institut d’électronique de microélectronique et de nanotechnologie (IEMN), nous avons recueilli l’avis du généticien Patrick Gaudray, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et ancien membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), sur un sujet plus que jamais d’actualité.

Presse Pipette : Quelle définition donneriez-vous aux nanotechnologiques ?

Patrick Gaudray : La définition actuelle des nanotechnologies pose un problème fondamental. Il faudrait plutôt parler de nanosciences. Ce problème épistémologique a été soulevé dans un avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique en 2014. En parlant de nanotechnologies, on fait sortir la science du débat. Or, la technologie doit être sous la coupole de la science afin que cette dernière impose son cadre méthodologique. A défaut, il est dangereux que la technologie s’échappe et vive pour et par elle-même. Ce n’est pas parce que l’on peut techniquement créer quelque chose que l’on doit le faire. Par ailleurs, les nanotechnologies devraient répondre à une définition fonctionnelle plutôt qu’à une définition sur son aspect physique c’est-à-dire le nanomètre (un milliardième de mètre, NDLR). Deux objets nano peuvent être très différents. En résumé, il est indispensable à l’heure actuelle de réinjecter de la méthode et de la rigueur scientifique dans ce champ d’étude.

“Ce n’est pas parce que l’on peut techniquement créer quelque chose que l’on doit le faire”

Quels débats éthiques soulèvent l’application des nanotechnologies ?

Le premier est lié au manque cruel d’études d’impacts sur l’environnement des nanoparticules : on ne connaît pas aujourd’hui le nombre de nanoparticules rejeté dans la nature. De plus, le cadre juridique des nanoparticules est très flou. L’Union européenne se penche actuellement sur une adaptation de la directive “Registration, Evaluation, Authorization and restriction of  Chemicals” (REACH). Une réécriture est nécessaire car l’échelle du nanomètre n’est pas adaptée aux textes antérieurs.

Comment faire participer le public à ces décisions ?

Il est indispensable de faire intervenir le public dans le débat concernant les nanotechnologies. C’est l’objet de la nanoéthique, malheureusement peu présente en France. Cette question concerne les générations actuelles ainsi que les générations futures. Par exemple, est-ce que l’homme a vraiment besoin de ces nanotechnologies ? Quels sont les dangers immédiats et sur le long terme ? Seulement, aujourd’hui, il est devenu impossible d’avoir un débat apaisé. Il y a de nombreux lobbies anti-nanotechnologies qui vampirisent le débat. Prenons l’exemple des tables rondes organisées nationalement en 2012 ; soit elles n’ont tout simplement pas pu se tenir, soit elles ont été animées à huis clos. Ajoutons à cette difficulté le poids du monde de la finance – car les nanotechnologies impliquent des investissements considérables – qui empêche l’avènement d’une vraie réflexion interdisciplinaire.

Alice Vitard (@vitardalice)

Levothyrox : l’ancienne formule maintenue temporairement en 2019

Les patients atteints d’hypothyroïdie et qui ne tolèrent pas la nouvelle formule du Levothyrox vont bénéficier d’un délai supplémentaire d’un an pour trouver une alternative. 

Levothyrox
Ce traitement nécessite une prise quotidienne par les patients qui souffrent d’hypothyroïdie. Crédit photo : HeungSoon via Pixabay

Sursis pour l’ancienne formule du Levothyrox, l’Euthyrox. Le laboratoire Merck a annoncé mardi 6 novembre 2018 que les patients sous ordonnance pourraient encore se procurer le précieux médicament. “Nous allons poursuivre la mise à disposition de l’ancienne formule du Levothyrox tout au long de l’année 2019”, a indiqué à l’AFP Valérie Leto, pharmacienne responsable de Merck France. Une annonce officielle qui fait suite à la demande de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) survenue la semaine dernière dans son point de suivi sur l’offre de traitement de l’hypothyroïdie.

Une nouvelle formule mal tolérée

En mars 2017, le laboratoire Merck avait modifié, à la demande de l’ANSM, la formule de son médicament indiqué dans le traitement de l’hypothyroïdie. Afin d’améliorer la conservation du produit, le lactose a cédé sa place à deux composants : le mannitol, un édulcorant présent dans le chewing-gum, et l’acide citrique, constituant de certains agrumes. Un changement en apparence bénin mais qui semble avoir entraîné de violentes réactions chez certains patients. Fatigue, maux de tête, vertiges, chute de cheveux, insomnie… plus de 17 000 signalements d’effets indésirables ont été déclarés à l’ANSM entre mars et novembre 2017. Face à l’ampleur sanitaire, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait annoncé en septembre 2017 le retour transitoire de l’ancienne formule du médicament, importée d’Allemagne. Une “transition” reconduite en 2018 et donc en 2019. “Ce n’est pas une solution à long terme, nous explique Beate Bartès, vice-présidente de l’association de patients Vivre sans Thyroïde, c’est juste repousser l’échéance.”

Une solution temporaire

En 2018, 50 000 boîtes d’Euthyrox ont été distribuées tous les mois dans les pharmacies. Un volume équivalent devrait être mis à disposition en 2019 d’après le laboratoire. Cela répond-il aux besoins des patients ? Pas forcément d’après Beate Bartès: “c’est une bouffée d’air pour les patients qui prennent encore l’ancienne formule et qui pensaient que cela allait s’arrêter à la fin de l’année. Néanmoins les quantités paraissent un peu limitées car le médicament est décliné en huit dosages différents à répartir dans toutes les pharmacies de France.” Certains patients pourront donc éprouver certaines difficultés à se procurer leur traitement en temps et en heure. 

La cause des effets indésirables reste inconnue

Nanoparticules, présence de traces de métaux, accumulation d’hormone… plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces effets indésirables mais aucune n’a été scientifiquement confirmée à ce jour. “Nous avons prévenu les patients que le changement de formule pouvait entraîner un déséquilibre hormonal, mais avec le temps, nous nous sommes aperçus que les symptômes étaient trop forts et surtout contradictoires pour être dus à un simple dérèglement”, confie Beate Bartès. Or, le retour à l’ancienne formule chez ces patients a rapidement restauré leur état général. “En trois ou quatre jours, leur situation s’est améliorée, déclare la vice-présidente de l’association Vivre sans thyroïde, au final c’était un peu comme une intoxication mais on ne sait absolument pas ce qui l’a provoquée”.

 Plusieurs traitements alternatifs

Outre la nouvelle formule du médicament, les patients qui souffrent d’hypothyroïdie disposent depuis octobre 2017 d’une offre élargie de médicaments à base de lévothyroxine. Deux sont disponibles sous forme de comprimés, L-Thyroxin Henning du laboratoire Sanofi, et Thyrofix du laboratoire Uni-Pharma. Le laboratoire Serb propose pour sa part une solution buvable en gouttes : L-Thyroxin Serb. La dernière spécialité, TCAPS n’est pas remboursée par la sécurité sociale. Elle présente toutefois l’avantage de décliner le principe actif dans 12 dosages différents au sein d’une capsule molle. D’autres spécialités sont toujours en cours d’évaluation d’après l’ANSM et pourraient venir compléter l’offre.

Julien Dabjat, Marie Terol et Julie Vénier

Les causes de l’extinction des orangs-outans de Bornéo

La population d’orangs-outans de Bornéo décline selon une étude publiée dans Current Biology. Les causes : déforestation, production d’huile de palme et braconnage.

En 2018, la population d’orangs-outans de Bornéo compterait entre 40.000 et 60.000 individus. © VanZonneveld

Le ciel disparaît à travers les feuillages. Les arbres s’élèvent à vingt mètres dans les airs. Entre les branches, une large figure orange se balance. Dans la forêt changeante de Bornéo, l’orang-outan tente de survivre. Ces « hommes des forêts » figurent sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en tant qu’espèce en danger critique d’extinction.

Selon une étude publiée dans Current Biology, 100.000 orangs-outans auraient disparu entre 1999 et 2015 (même si la publication est controversée). L’exploitation des forêts de Bornéo serait responsable de 50 % de ces pertes. Le World Wide Fund For Nature (WWF) estime que l’île a déjà perdu plus de la moitié de ses forêts pour répondre à la demande mondiale de bois et d’huile de palme. La fragmentation des terres pour l’exploitation agricole affecte grandement le mode de vie des orangs-outans. Sans corridor d’arbres, le déplacement d’une section à l’autre est difficile. « Les orangs-outans sont essentiellement arboricoles. Ils ne peuvent pas se déplacer au sol sur de grandes distances », explique Michel Saint-Jalme, directeur de la Ménagerie le zoo du Jardin des Plantes.

Une certification de l’huile de palme bénéfique

Plusieurs personnes croient que l’arrêt de consommation d’huile de palme pourrait arrêter l’extinction des orangs-outans. Selon Michel Saint-Jalme, ce n’est pas une solution concrète. « Le problème est que l’huile de palme est partout. C’est illusoire de se dire qu’on va convaincre les industriels d’arrêter d’utiliser l’huile de palme car elle est moins chère que toutes les autres huiles », insiste-t-il.Une des solutions proposées par l’ONG Hutan est la certification de l’huile de palme en relation avec la préservation des orangs-outans. L’idée serait d’aménager les plantations pour qu’elles soient favorables au maintien de la population. « On sait que les orangs-outans s’y plaisent et y vivent parfaitement », souligne le directeur. Ces grands singes se nourrissent des pousses de palmiers à l’huile et de l’écorce des arbres. Ils occasionnent ainsi des pertes économiques pour les producteurs qui gardent jalousement leurs terres. Les ouvriers tuent les orangs-outans qui s’aventurent dans les plantations par mesure de protection. « Avec des plantations certifiées, les propriétaires s’engagent à protéger les orangs-outans et à ne pas les chasser », appuie Michel Saint-Jalme.

Les orangs-outans dans le viseur des braconniers

Les grands singes sont aussi victimes de la chasse. La déforestation par les industries facilite l’accès des braconniers aux orangs-outans. Les chasseurs les tuent beaucoup pour la « viande de brousse ». Ils peuvent ensuite vendre les crânes comme souvenirs aux touristes. Sur le marché noir, certaines parties du primate sont vendues pour la médecine traditionnelle. Selon certaines croyances populaires, elles auraient des propriétés curatives. Les braconniers capturent aussi les petits et tuent les mères. Les bébés sont vendus comme orangs-outans domestiques. Depuis quelques années, la mode des animaux exotiques crée une demande chez les particuliers aisés. Selon le WWF, pour chaque orang-outan qui atteint la Taïwan, trois à cinq ne survivent pas le voyage.

Les naissances ne peuvent pallier la diminution des populations. Les femelles ont un taux de reproduction très bas : un petit tous les cinq à huit ans. « Si ça continue comme ça, on peut penser que d’ici vingt ans il n’y aura plus d’orangs-outans », se désole Michel Saint-Jalme. Des mesures de préservation doivent être prises pour que la figure orange continue de se balancer.

Audrey-Maude Vézina