Lancement de l’aventure Ionos, à l’interface entre l’électronique et le biologique

Le gratin académique et politique des Hauts-de-France s’est réunis le 8 novembre 2018 pour fêter le financement par l’ERC du projet Ionos. Reportage. 

Le soleil est de la partie pour le lancement du projet Ionos à l’IEMN.
Copyright : Edoxie Allier

Le soleil brille sur l’innovation scientifique à Lille. Le 8 novembre 2018, des chercheurs de l’Institut d’électronique, de micro-électronique et de nanothechnologie (IEMN), appartenant au CNRS, donnent le top départ du projet Ionos. Celui-ci vise à créer des interfaces pour faire communiquer le biologique avec l’électronique. Mais comment? Entre les coupes de champagne, Fabien Alibart, porteur du projet, nous l’explique : « Dans le vivant, ce sont les ions qui portent les informations. Dans les technologies, ce sont les électrons. Le projet Ionos a pour objectif de les faire communiquer. » Et si les bulles sont de sortie, c’est parce qu’on fête le financement de 1,9 million d’euros de la part du Conseil européen de la recherche (ERC), raison de la célébration au sein de ce bâtiment à l’allure futuriste.

Des neurones artificiels pour mieux comprendre les neurones cérébraux

Selon le jeunescientifique à la carrure de catcheur, l’inspiration de Ionos est à chercher… dans le cerveau humain : « On a voulu créer des neurones artificiels basées sur les neurones biologiques, grâce à l’intelligence artificielle. » Mais recréer un neurone ne suffit pas. Sophie Halliez, chercheuse à l’Inserm qui participe au projet comme aux festivités d’inauguration, nous précise que « sur un même neurone,il peut y avoir plus de 100.000 zones de transmission d’informations. Un neurone ne fonctionne jamais seul », insiste-t-elle. Donc, l’objectif est de crée rdes réseaux neuronaux in vitro, imitant les réseaux in vivo, qui puissent nous aider à mieux comprendre le fonctionnement de nos réseaux neuraux. 

Cette connaissance du fonctionnement cérébral pourrait ensuite nous aider à mieux comprendre les maladies neurogénératives. Devant le gratin de l’académie lilloise, dans l’amphithéâtre principal de l’IEMN, Sophie Halliez explique : « On pourra différencier les conséquences d’un vieillissement pathologique et d’un vieillissement normal, pour identifier les dysfonctionnements le plus tôt possible et arrêter l’avancement de la maladie. » Et ainsi, identifier les mécanismes pathologiques et identifier des marqueurs biologiques présents dès les premières phases de ces pathologies. 

De l’électronique pour communiquer avec le biologique

En plus d’imiter le vivant, ces technologies pourront aussi lui parler. Pendant que les verres dansent et que les petits fours disparaissent, Fabien Alibart prend un moment pour nous dévoiler que « l’ambition est de développer une électronique permettant de communiquer efficacement avec les systèmes de neurones ». Ce qui pourrait avoir un énorme potentiel thérapeutique. Selon Sophie Halliez, ces systèmes permettraient de stimuler le cerveau pour empêcher la propagation des maladies telles qu’Alzheimer ou Parkinson : « Chez les malades de Parkinson, on a montré que les stimulations cérébrales ont une véritable efficacité de traitement, permettant une amélioration du contrôle des mouvements. Elle ajoute que pour les patients d’Alzheimer, ces types de stimulation restaurent partiellement la mémoire. »

D’autres usages potentiels de ces technologies sont les prothèses. « Mieux interfacer avec le vivant permettra de développer des prothèses plus performantes et intelligentes, capables d’interagir avec les circuits dysfonctionnels pour revenir à une activité normale », s’enthousiasme Mme Halliez. Ainsi, l’on pourrait créer des prothèses bi-directionnelles qui peuvent recevoir des ordres du cerveau mais aussi lui renvoyer des informations sensorielles. Et permettre ainsi de retrouver le sens du toucher, ou de la vue. C’est le cas des implants rétiniens proposés pour les patients souffrant de dégénérations de la rétine. Selon M. Alibart : « Mieux comprendre le cerveau grâce aux nouvelles technologies permettrait d’atténuer, grâce à un système de caméra externe, les difficultés des personnes aveugles. » Des caméras qui enverraient des informations au cerveau pour contourner des yeux défaillants. 

Des partenaires pour porter le projet

Maintenant, place aux officiels. Des discours bien rodés s’enchaînent sur la scène de l’IEMN. Les interventions sont expédiées en quelques minutes, égrainant «fierté », « projet innovant », « ambition », « mobilisation », etc. Une certaine redondance dans les interventions mais une formalité obligatoire pour chaque partenaire, envieux de montrer leur propre engagement. « La région est très fière de voir que c’est sur notre territoire que vous avez débuté vos travaux », affirme avec satisfaction Irène Peucelle, conseillère générale des Hauts-de-France.

Ils expriment, chacun leur tour, l’honneur de voir éclore le projet de Fabien Alibart dans la région et l’importance des contributions de leurs institutions respectives à celui-ci. « L’IEMN est fier de proposer un environnement exceptionnel pour permettre aux chercheurs de pousser les frontières de la connaissance » déclare Lionel Buchaillot, directeur de l’IEMN qui accueillera le projet Ionos dans ses locaux. D’autres dégainent la métaphore pour montrer l’importance des partenaires : « Ils sont comme des fées autour d’un bien beau bébé prêt à grandir », image avec un trait d’humour le souriant Jean-Christophe Camart, président de l’Université de Lille.

Un financement pour se développer

Pour développer un projet, il est en effet nécessaire d’avoir à disposition des locaux, d’être encouragé par le monde de la recherche et universitaire. Et surtout de percevoir des aides financières. D’ailleurs qui finance le projet Ionos, et à quel montant ? Si on ne s’en réfère qu’au dossier de presse distribué en début de conférence, le budget total n’est composé que de la bourse ERC de 1.898.520 euros venu récompenser Fabien Alibart. Le budget est divisé en trois pôles : 16 % pour les frais de gestion, 21 % pour l’équipement, diffusion et environnement du chercheur, et 63 % pour les Ressources Humaines qui « permettra d’engager des personnes en CDD » nous explique Fabien Alibart.

La recherche ne génère que très peu de profit, voir pas du tout,alors on s’inquiète. Comment tenir pendant 5 ans avec ce budget qui semble un peu léger ? Mais Lionel Buchaillot, d’un ton rassurant, nous explique : « Le laboratoire IEMN reçoit chaque année 2 millions d’euros de subventions venant de l’État qui profitent indirectement au projet. De plus on reçoit des fonds de la Région, du Conseil Général, de la MEL et même de l’Europe via le Feder (le Fonds européen de développement régional). » Pas de quoi se faire du soucis du coup. « Nous recevons en plus une contribution de un million d’euros du CNRS chaque année », ajoute-t-il.

Ionos ne demande qu’à se développer. Objectif à long terme : produire ces dispositifs à grande échelle pour permettre à toutes les personnes qui nécessitent cette technologie d’y avoir accès. Peut-être que, grâce à Ionos, ce beau soleil d’automne brillera un jour pour ces patients.

NicolasGutierrez (@n6g6c) et Robin Lemoine (@RobinLemoine)

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