La gratuité du don de sang à la française : un modèle à protéger

A chaque pénurie de produits sanguins, est remis en question le modèle français de gratuité du don de sang. Permettre aux points de collecte de rémunérer les donneurs serait-il nécessaire pour garder les stocks de sang à des niveaux convenables? Cette méthode a ses avantages mais aussi ses inconvénients.


Gratuit en France, le don du sang peut être rémunéré à une hauteur de 23€ en Allemage par exemple. Crédits : janeb13

En France, les dons du sang sont gratuits, anonymes, volontaires et ne permettent aucun profit (Loi Aujaleu 1952). Ce principe vise à exclure toute commercialisation du corps. Cependant, la gratuité du don est régulièrement remise en cause car les réserves de sang sont trop basses. L’établissement français du Sang travaille à flux tendu et ne parvient par à posséder une réserve 100 000 poches, nécessaire pour la prévention de pénurie (en juillet 2017, 80 000). Bien que le rapport Véran de 2013 confirme la volonté de rester fidèle au principe de gratuité, serait-il judicieux de changer ce système ?

Il est souvent souligné qu’en Allemagne, où les dons peuvent être rémunérés (jusqu’à une hauteur de 23€), un tiers des adultes donnent leur sang contre seulement 4% en France. En outre, la gratuité du don de sang coûte plus cher : une poche de plasma en France revient presque deux fois plus chère qu’en Allemagne. Les coupables de ces prix importants sont les coûteuses campagnes de sensibilisation et d’appel aux dons.

Une rémunération plus problématique qu’il n’y parait

Cependant, la rémunération pose des questions importantes. Tout d’abord, l’aspect sanitaire du don rémunéré. Si les dons étaient rémunérés, certains donneurs pourraient être tentés de mentir sur leurs antécédents médicaux, ce qui pourraient rendre leurs dons dangereux. Les personnes en état de dépendance aux drogues sont particulièrement fragiles à ce propos. En outre, les donneurs pourraient chercher à donner très régulièrement, au risque de mettre en danger leur santé et leur capital veineux. En outre, la rémunération peut sembler être une exploitation un peu honteuse des individus les plus fragiles. Une société presque dystopique où les plus pauvres servent de machines à sang pose de sérieux problèmes éthiques.

L’Organisation Mondiale de la Santé, notamment par le truchement de sa directrice jusqu’en 2017, Dr Margareth Chan, s’est prononcé en faveur de la gratuité du don, une manière d’approvisionner de manière sûre et éthique les hôpitaux. Il faudrait peut-être alors se tourner vers d’autres méthodes pour renflouer les banques de sang. Le maintien de grandes campagnes publicitaires, la possibilité des collectes mobiles en entreprises et l’ouverture du don aux mineurs de plus de 16 ans font partie des mesures envisagées. Le modèle français du don gratuit n’est peut-être pas en si mauvaise posture qu’il n’y paraît.

Nicolas Butor (@ButorNicolas), Robin Lemoine (@RobinLemoine) et Edoxie Allier (@AllierEdoxie)

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