Lionel Buchaillot : « Il faut réserver beaucoup de temps pour la recherche ! »

Rencontre avec Lionel Buchaillot, directeur de l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologie (IEMN) du CNRS à Lille.

Grâce au financement accordé par la prestigieuse bourse du Conseil européen de la recherche (ERC), l’IEMN a lancé le projet IONOS le 8 novembre 2018. Porté par Fabien Alibart, les travaux visent à développer des outils électroniques pour communiquer avec des systèmes neuronaux biologiques.

Lionel Buchaillot dirige l’institut depuis 2010. Son rôle dans le projet IONOS est « de faciliter le travail des chercheurs ». En 2002, ses travaux ont aussi été récompensés par la médaille de bronze du CNRS. Ses recherches portent sur des micro et nanosystèmes. Il a développé notamment des sondes qui permettent d’analyser la matière à l’échelle atomique.

Fabien Alibart parle du projet IONOS

À l’occasion de la présentation du projet IONOS le 8 novembre 2018, Fabien Alibart, chercheur à l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologies (IEMN), nous a accordé une entrevue.

Fabien Alibart vient de décrocher une bourse du prestigieux Centre européen pour la recherche (ERC). D’un montant de 1,8 million d’euros, ce financement lui permettra de travailler pendant 5 ans sur le projet IONOS. Ce projet pluridisciplinaire s’intéressera à mieux comprendre les systèmes de communication neuronale, et à développer une électronique adaptée à la biologie. Fabien Alibart espère ainsi optimiser les interactions entre la machine et le vivant. Parmi les applications possibles de ces recherches, la fabrication de prothèses rétiniennes, cochléaires et de membres.

Nanotechnologies : un débat brûlant entre progrès et éthique

Alors que le projet Ionos est lancé, le 8 novembre 2018, au centre de l’Institut d’électronique de microélectronique et de nanotechnologie de Lille, nous avons interrogé le généticien Patrick Gaudray sur les questions d’éthique qu’implique cette discipline scientifique aux confins de l’infiniment petit.

Des nanotubes de carbone. Crédit photo : Cintersimone

Le projet Ionos porté par Fabien Alibart et primé par le Conseil européen de la recherche s’inscrit dans le champ des nanotechnologies. Or cette discipline scientifique pose de nombreuses questions en termes d’éthique. A l’occasion du lancement officiel de Ionos, le 8 novembre 2018 à l’Institut d’électronique de microélectronique et de nanotechnologie (IEMN), nous avons recueilli l’avis du généticien Patrick Gaudray, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et ancien membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), sur un sujet plus que jamais d’actualité.

Presse Pipette : Quelle définition donneriez-vous aux nanotechnologiques ?

Patrick Gaudray : La définition actuelle des nanotechnologies pose un problème fondamental. Il faudrait plutôt parler de nanosciences. Ce problème épistémologique a été soulevé dans un avis rendu par le Comité consultatif national d’éthique en 2014. En parlant de nanotechnologies, on fait sortir la science du débat. Or, la technologie doit être sous la coupole de la science afin que cette dernière impose son cadre méthodologique. A défaut, il est dangereux que la technologie s’échappe et vive pour et par elle-même. Ce n’est pas parce que l’on peut techniquement créer quelque chose que l’on doit le faire. Par ailleurs, les nanotechnologies devraient répondre à une définition fonctionnelle plutôt qu’à une définition sur son aspect physique c’est-à-dire le nanomètre (un milliardième de mètre, NDLR). Deux objets nano peuvent être très différents. En résumé, il est indispensable à l’heure actuelle de réinjecter de la méthode et de la rigueur scientifique dans ce champ d’étude.

“Ce n’est pas parce que l’on peut techniquement créer quelque chose que l’on doit le faire”

Quels débats éthiques soulèvent l’application des nanotechnologies ?

Le premier est lié au manque cruel d’études d’impacts sur l’environnement des nanoparticules : on ne connaît pas aujourd’hui le nombre de nanoparticules rejeté dans la nature. De plus, le cadre juridique des nanoparticules est très flou. L’Union européenne se penche actuellement sur une adaptation de la directive “Registration, Evaluation, Authorization and restriction of  Chemicals” (REACH). Une réécriture est nécessaire car l’échelle du nanomètre n’est pas adaptée aux textes antérieurs.

Comment faire participer le public à ces décisions ?

Il est indispensable de faire intervenir le public dans le débat concernant les nanotechnologies. C’est l’objet de la nanoéthique, malheureusement peu présente en France. Cette question concerne les générations actuelles ainsi que les générations futures. Par exemple, est-ce que l’homme a vraiment besoin de ces nanotechnologies ? Quels sont les dangers immédiats et sur le long terme ? Seulement, aujourd’hui, il est devenu impossible d’avoir un débat apaisé. Il y a de nombreux lobbies anti-nanotechnologies qui vampirisent le débat. Prenons l’exemple des tables rondes organisées nationalement en 2012 ; soit elles n’ont tout simplement pas pu se tenir, soit elles ont été animées à huis clos. Ajoutons à cette difficulté le poids du monde de la finance – car les nanotechnologies impliquent des investissements considérables – qui empêche l’avènement d’une vraie réflexion interdisciplinaire.

Alice Vitard (@vitardalice)

Levothyrox : l’ancienne formule maintenue temporairement en 2019

Les patients atteints d’hypothyroïdie et qui ne tolèrent pas la nouvelle formule du Levothyrox vont bénéficier d’un délai supplémentaire d’un an pour trouver une alternative. 

Levothyrox
Ce traitement nécessite une prise quotidienne par les patients qui souffrent d’hypothyroïdie. Crédit photo : HeungSoon via Pixabay

Sursis pour l’ancienne formule du Levothyrox, l’Euthyrox. Le laboratoire Merck a annoncé mardi 6 novembre 2018 que les patients sous ordonnance pourraient encore se procurer le précieux médicament. “Nous allons poursuivre la mise à disposition de l’ancienne formule du Levothyrox tout au long de l’année 2019”, a indiqué à l’AFP Valérie Leto, pharmacienne responsable de Merck France. Une annonce officielle qui fait suite à la demande de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) survenue la semaine dernière dans son point de suivi sur l’offre de traitement de l’hypothyroïdie.

Une nouvelle formule mal tolérée

En mars 2017, le laboratoire Merck avait modifié, à la demande de l’ANSM, la formule de son médicament indiqué dans le traitement de l’hypothyroïdie. Afin d’améliorer la conservation du produit, le lactose a cédé sa place à deux composants : le mannitol, un édulcorant présent dans le chewing-gum, et l’acide citrique, constituant de certains agrumes. Un changement en apparence bénin mais qui semble avoir entraîné de violentes réactions chez certains patients. Fatigue, maux de tête, vertiges, chute de cheveux, insomnie… plus de 17 000 signalements d’effets indésirables ont été déclarés à l’ANSM entre mars et novembre 2017. Face à l’ampleur sanitaire, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait annoncé en septembre 2017 le retour transitoire de l’ancienne formule du médicament, importée d’Allemagne. Une “transition” reconduite en 2018 et donc en 2019. “Ce n’est pas une solution à long terme, nous explique Beate Bartès, vice-présidente de l’association de patients Vivre sans Thyroïde, c’est juste repousser l’échéance.”

Une solution temporaire

En 2018, 50 000 boîtes d’Euthyrox ont été distribuées tous les mois dans les pharmacies. Un volume équivalent devrait être mis à disposition en 2019 d’après le laboratoire. Cela répond-il aux besoins des patients ? Pas forcément d’après Beate Bartès: “c’est une bouffée d’air pour les patients qui prennent encore l’ancienne formule et qui pensaient que cela allait s’arrêter à la fin de l’année. Néanmoins les quantités paraissent un peu limitées car le médicament est décliné en huit dosages différents à répartir dans toutes les pharmacies de France.” Certains patients pourront donc éprouver certaines difficultés à se procurer leur traitement en temps et en heure. 

La cause des effets indésirables reste inconnue

Nanoparticules, présence de traces de métaux, accumulation d’hormone… plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces effets indésirables mais aucune n’a été scientifiquement confirmée à ce jour. “Nous avons prévenu les patients que le changement de formule pouvait entraîner un déséquilibre hormonal, mais avec le temps, nous nous sommes aperçus que les symptômes étaient trop forts et surtout contradictoires pour être dus à un simple dérèglement”, confie Beate Bartès. Or, le retour à l’ancienne formule chez ces patients a rapidement restauré leur état général. “En trois ou quatre jours, leur situation s’est améliorée, déclare la vice-présidente de l’association Vivre sans thyroïde, au final c’était un peu comme une intoxication mais on ne sait absolument pas ce qui l’a provoquée”.

 Plusieurs traitements alternatifs

Outre la nouvelle formule du médicament, les patients qui souffrent d’hypothyroïdie disposent depuis octobre 2017 d’une offre élargie de médicaments à base de lévothyroxine. Deux sont disponibles sous forme de comprimés, L-Thyroxin Henning du laboratoire Sanofi, et Thyrofix du laboratoire Uni-Pharma. Le laboratoire Serb propose pour sa part une solution buvable en gouttes : L-Thyroxin Serb. La dernière spécialité, TCAPS n’est pas remboursée par la sécurité sociale. Elle présente toutefois l’avantage de décliner le principe actif dans 12 dosages différents au sein d’une capsule molle. D’autres spécialités sont toujours en cours d’évaluation d’après l’ANSM et pourraient venir compléter l’offre.

Julien Dabjat, Marie Terol et Julie Vénier

Les causes de l’extinction des orangs-outans de Bornéo

La population d’orangs-outans de Bornéo décline selon une étude publiée dans Current Biology. Les causes : déforestation, production d’huile de palme et braconnage.

En 2018, la population d’orangs-outans de Bornéo compterait entre 40.000 et 60.000 individus. © VanZonneveld

Le ciel disparaît à travers les feuillages. Les arbres s’élèvent à vingt mètres dans les airs. Entre les branches, une large figure orange se balance. Dans la forêt changeante de Bornéo, l’orang-outan tente de survivre. Ces « hommes des forêts » figurent sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en tant qu’espèce en danger critique d’extinction.

Selon une étude publiée dans Current Biology, 100.000 orangs-outans auraient disparu entre 1999 et 2015 (même si la publication est controversée). L’exploitation des forêts de Bornéo serait responsable de 50 % de ces pertes. Le World Wide Fund For Nature (WWF) estime que l’île a déjà perdu plus de la moitié de ses forêts pour répondre à la demande mondiale de bois et d’huile de palme. La fragmentation des terres pour l’exploitation agricole affecte grandement le mode de vie des orangs-outans. Sans corridor d’arbres, le déplacement d’une section à l’autre est difficile. « Les orangs-outans sont essentiellement arboricoles. Ils ne peuvent pas se déplacer au sol sur de grandes distances », explique Michel Saint-Jalme, directeur de la Ménagerie le zoo du Jardin des Plantes.

Une certification de l’huile de palme bénéfique

Plusieurs personnes croient que l’arrêt de consommation d’huile de palme pourrait arrêter l’extinction des orangs-outans. Selon Michel Saint-Jalme, ce n’est pas une solution concrète. « Le problème est que l’huile de palme est partout. C’est illusoire de se dire qu’on va convaincre les industriels d’arrêter d’utiliser l’huile de palme car elle est moins chère que toutes les autres huiles », insiste-t-il.Une des solutions proposées par l’ONG Hutan est la certification de l’huile de palme en relation avec la préservation des orangs-outans. L’idée serait d’aménager les plantations pour qu’elles soient favorables au maintien de la population. « On sait que les orangs-outans s’y plaisent et y vivent parfaitement », souligne le directeur. Ces grands singes se nourrissent des pousses de palmiers à l’huile et de l’écorce des arbres. Ils occasionnent ainsi des pertes économiques pour les producteurs qui gardent jalousement leurs terres. Les ouvriers tuent les orangs-outans qui s’aventurent dans les plantations par mesure de protection. « Avec des plantations certifiées, les propriétaires s’engagent à protéger les orangs-outans et à ne pas les chasser », appuie Michel Saint-Jalme.

Les orangs-outans dans le viseur des braconniers

Les grands singes sont aussi victimes de la chasse. La déforestation par les industries facilite l’accès des braconniers aux orangs-outans. Les chasseurs les tuent beaucoup pour la « viande de brousse ». Ils peuvent ensuite vendre les crânes comme souvenirs aux touristes. Sur le marché noir, certaines parties du primate sont vendues pour la médecine traditionnelle. Selon certaines croyances populaires, elles auraient des propriétés curatives. Les braconniers capturent aussi les petits et tuent les mères. Les bébés sont vendus comme orangs-outans domestiques. Depuis quelques années, la mode des animaux exotiques crée une demande chez les particuliers aisés. Selon le WWF, pour chaque orang-outan qui atteint la Taïwan, trois à cinq ne survivent pas le voyage.

Les naissances ne peuvent pallier la diminution des populations. Les femelles ont un taux de reproduction très bas : un petit tous les cinq à huit ans. « Si ça continue comme ça, on peut penser que d’ici vingt ans il n’y aura plus d’orangs-outans », se désole Michel Saint-Jalme. Des mesures de préservation doivent être prises pour que la figure orange continue de se balancer.

Audrey-Maude Vézina


Métam-sodium interdit : les dangers d’un pesticide jugé indispensable

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) interdira les produits phytosanitaires à base de métam-sodium d’ici la fin du mois. Utilisée en tant que pesticide, cette substance pose de graves enjeux de santé. Cette interdiction remet en question le système de production actuel.

L’interdiction du métal-sodium affecte la culture de la mâche. Crédit
photo : pflanzenlust.

Suite à de nouveaux cas d’intoxications respiratoires et cutanées, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) interdit les produits phytosanitaires à base de métam-sodium. Ce pesticide est particulièrement utilisé par les producteurs de mâche. Marie Deguigne, pharmacienne et toxicologue au centre antipoison et de toxicovigilance de Angers, explique l’origine de sa toxicité : « Lorsque vous appliquez le métam-sodium, il entre en contact avec l’eau présente dans le sol. En raison de l’humidité, le pH du milieu est basique. Dans ces conditions, le métam-sodium se décompose en isothiocyanate de méthyle (MITC), un gaz odorant dix fois plus irritant que la molécule-mère. » Ce n’est donc pas l’exposition au métam-sodium brut qui est dangereuse, mais à son métabolite (élément chimique résiduel issu de sa dégradation).
« Chez l’homme, la toxicité est surtout liée au MITC », commente-t-elle.

Un effet irritant sur les muqueuses

Le MITC ne laisse cependant aucunes traces singulières dans le corps.
« Il est impossible de détecter sa présence par un dosage sanguin, par exemple. Seules les circonstances énoncées par le patient corroborent l’intoxication au produit phytosanitaire », précise Mme Deguigne. Le MITC induit une lésion des cellules superficielles des muqueuses. Si l’intoxication se produit par inhalation, les muqueuses des voies aériennes supérieures sont attaquées. Conséquence : une défaillance respiratoire, qui se manifeste par un bronchospasme (crise d’asthme) lié à une irritation des poumons. Dans des situations plus sévères, la gêne respiratoire évolue vers un œdème pulmonaire lésionnel. « La brûlure est telle, que les vaisseaux [à l’interface des poumons] deviennent plus perméables. Un excès d’eau et de sang infiltre les poumons et occasionne l’œdème », professe la toxicologue.

Dans la majorité des cas, les intoxications apparaissent après une exposition aiguë, à une forte concentration du pesticide. Dans la pratique agricole, les produits à base de métam-sodium sont appliqués sur des petites surfaces certes… « mais en grande quantité pour être très efficaces », rapporte l’Anses. D’ailleurs, sept-cent tonnes de métam-sodium sont utilisées chaque année, particulièrement dans l’Ouest de la France, région maraîchère. « Il constitue à ce jour l’une des meilleures solutions techniques lorsqu’il est mis en œuvre dans les conditions adaptées », défend le syndicat de la profession dans un communiqué. Les maraîchers nantais ne s’avouent pas vaincus et ont confié à l’AFP leur « souhait d’être associés aux expertises scientifiques et techniques préalablement à toute décision ».

Changer le système agricole ?

Malgré leurs protestations, les produits phytosanitaires à base de métam-sodium sont désormais bannis. Une interdiction qui pèse sur la filière maraîchère : comment remplacer un pesticide qui semble aujourd’hui essentiel ? Désherbage thermique ou mécanique, stérilisation à la vapeur, solarisation grâce à la chaleur du soleil… D’autres méthodes existent, mais avec leur lot de contraintes et un coût nettement plus élevé que celui du métam-sodium. « Leur système de culture tient parce ce qu’il y a ce produit-là, c’est une assurance récolte », explique la Fédération régionale des agrobiologistes (FRAB) de Bretagne. Pour cette dernière, l’alternative est évidente : changer le système de production en se tournant vers l’agriculture biologique. « Il y a beaucoup de producteurs bio qui font de la mâche […] sans métam-sodium mais ils vont en faire moins, ils vont être dans un système différent. » Une solution qui risque de ne pas plaire aux maraîchers : « Comme on est sur des intérêts économiques énormes, on n’a pas forcément intérêt à changer un système qui marche tel qu’il est. »

Mais la Fédération le concède, les maraîchers « sont pris au piège » à cause de l’utilisation exclusive de ce « produit miracle ». Et de conclure :
« La résistance au changement est humaine. »

Alicia Aloisi, Coline Buanic, Maya Chebl et Nordine El Bartali

GRAVITY prend les mensurations du trou noir tapi au centre de la Voie Lactée

Au coeur de notre galaxie, à des milliers d’années lumière de notre bout de cosmos : Sagittarius A*, trou noir massif au coeur de la Voie Lactée, irrémédiablement attirant, fascinant. Au travers de l’observation de trois “sursauts”, l’appareil GRAVITY nous en rapproche plus que jamais auparavant. Départ pour la dernière orbite stable avant « l’horizon des événements ».

Copyright ESO/Gravity Consortium/L. Calçada

L’instrument GRAVITY a permis à une cohorte de chercheurs d’observer au plus près SagittariusA* (SgrA*), trou noir massif tapi au coeur de notre galaxie.Trois sursauts lumineux (flares en anglais) ont été analysés par une cohorte de scientifiques européens. A près de 323.773.855km/h, ces phénomènes forment des arcs de cercle : leur rayon est d’environ3 minutes lumière, soit 3 fois celui dit de Schwarzschild.Le rayon de Schwarzschild, unique à chaque trou noir, décrit la distance entre le centre de l’astre et son « horizon des évènements », c’est-à-dire le point à partir duquel la matière et même la lumière sont inexorablement happées par la force d’attraction exercée par le coeur du trou noir.L’analyse de ces illuminations nous permet de mieux cerner la taille du trou noir.

«Dans l’idéal, il faudrait pouvoir observer à moins d’un rayon de Schwarzschild, mais ce n’est pas possible» explique Thibaut Paumard, chercheur à l’Observatoire de Meudon et co-signataire de l’étude. En effet, au delà de cette limite, les orbites ne sont plus stables. C’est-à-dire que les corps sont soit attirés vers l’horizon des événements soit éjectés de l’orbite du trou noir mais ne peuvent rester à une distance stable comme les sursauts observés. Interrogé, Alain Riazuelo, chercheur à l’Institut d’Astrophysique de Paris, s’émerveille : “On est à la limite de ce qu’on sait faire».

Toutes ses analyses dépendent de la présence “dans le coin”,c’est-à-dire à 20 milliards de kilomètres de SgrA*, de l’étoileS2. Cette petite étoile s’est approchée donc tout près en mai2018 et permet l’exactitude des mesures de GRAVITY. En effet, l’intensité des sursauts ne peut être jaugée qu’à l’aune de la luminosité d’une étoile connue et suffisamment proche du phénomène. Cela n’arrive pas tous les quatre matins, il faudra attendre à nouveau 16 ans que S2 finisse sa révolution afin de pouvoir à nouveau effectuer des observations. Les chercheurs espèrent que d’ici-là, la technique ait suffisamment avancé pour réaliser de nouvelles découvertes…

Edoxie Allier (@AllierEdoxie)

L’origine des sursauts
Le déplacements en arc de cercle des sursauts et leur vitesse permet également d’appuyer une hypothèse quant à l’environnement des trous noirs. Lorsqu’une étoile est dévorée par un trou noir, des effets de marée forment autour de l’horizon des évènements un nuage de gaz. L’intérieur de ce disque gazeux tourne significativement plus vite que l’extérieur. Cela provoque des frottements qui chauffent le gaz et la libération d’électrons libres. L’interaction entre ces électrons libres et le champ magnétique du trou noir provoqueraient ces phénomènes observables depuis la Terre. L’étude de l’ESO appuie en tous cas fortement cette hypothèse qui ne trouverait pas d’explications alternatives à l’heure actuelle dans la littérature scientifique selon Alain Riazuelo.

Le VLT zoome au plus près du trou noir

Une observation astronomique d’une précision sans précédent a été réalisée par le Very Large Telescope. Celle-ci ouvre des perspective nouvelles dans l’étude des trous noirs. Cette observation a été rendue possible par GRAVITY, un instrument qui permet de combiner les 4 télescopes du VLT pour en simuler un plus grand.

Copyright Ute Kraus.

La nuit n’est nulle part plus noire que dans le désert d’Atacama, au Chili. Là-haut, à 2635 mètres d’altitude, l’air est moins dense, très peu humide et le ciel quasiment toujours dégagé. L’endroit profite donc en permanence de conditions optimales pour l’observation du ciel! C’est au cœur de ce désert que se dresse le Very Large Telescope (VLT), l’instrument d’astronomie le plus moderne du monde.

Récemment, il a permis de réaliser des observations d’une précision inédite : trois sursauts lumineux ont été observés très proches de Sagittaire A*, le trou noir qui trône au centre de notre galaxie.

Le VLT se compose de 4 télescopes principaux de 8,2 mètres de diamètre, et de 4 télescopes auxiliaires, mobiles, de 1,8 mètre. Un seul des télescopes principaux permet, en une heure d’utilisation, d’observer des astres d’une magnitude 30, ce qui correspond à des objets 4 milliards de fois moins lumineux que ce qui peut être vu à l’oeil nu. Mais la vraie force du VLT est de pouvoir associer ses 4 télescopes principaux pour en simuler un plus grand : c’est l’instrument GRAVITY, fonctionnel depuis 2016.

« En combinant les faisceaux issus des quatre télescopes, il peut atteindre une résolution spatiale et une précision astrométrique comparables à celles d’un télescope de 130 mètres de diamètre. » explique l’Observatoire Européen Austral (ESO) sur son site internet. « Le gain en finesse est d’un facteur 15, précise Thibault Paumard, chercheur à l’Observatoire de Meudon et signataire de l’étude. C’est de l’interférométrie : on guide la lumière des 4 télescopes dans des tunnels grâce à des miroirs. Les faisceaux sont recombinés pour faire des interférences. » Et quand les ondes lumineuses arrivent en phase, ces interférences permettent d’augmenter l’intensité du signal, et ainsi gagner en précision.

Les premières observations de GRAVITY devront faire l’objet deréserve. « On est à la limite de ce qu’on sait faire! »explique Alain Riazuelo, chercheur à l’Institut d’astrophysiquede Paris. « On en saura plus quand on comprendra mieuxl’instrument.» L’interféromètre du VLT n’en est donc qu’àses balbutiements. Cette observation n’est qu’un début. Nuldoute que l’instrument permettra à l’avenir de s’enfoncerencore plus profondément dans le mystère des trous noirs.

Pierre Berteloot

Remonter la piste du requin grâce à sa morsure

Grâce aux outils de la médecine légale, il est possible de reconstituer le profil des requins agresseurs à partir des traces de leurs morsures. Des méthodes utilisées à l’île de La Réunion,dramatiquement endeuillée par les attaques de requins.

Le requin bouledogue est l’un des deux animaux à l’origine des drames. Crédit photo : Brook-Ward on Visualhunt /CC BY-NC

En octobre 2018, alors que depuis cinq ans, la baignade et les sports nautiques sont interdits sur toutes les plages de La Réunion, celle de Boucan Canot a officiellement été rouverte à la baignade. Cela n’empêche pas le préfet de l’île, Amaury de Saint-Quentin, d’appeler les baigneurs à la plus grande prudence face à la cause même de l’interdiction de 2013 : le requin.

Une étude publiée dans la revue Scientific Reports en février 2018 montre en effet que le taux d’attaques au large de la Réunion est parmi les plus élevés du monde, avec un événement d’attaque toutes les 24 000 heures de surf en moyenne – une probabilité multipliée par 23 entre 2005 et 2016. Cette unité de probabilité incongrue révèle la première population touchée par ces drames : les surfeurs, que les squales confondent avec leurs proies habituelles. Pour apporter une réponse à cette recrudescence, des chercheurs en médecine légale peuvent identifier les animaux à l’origine de ces agressions grâce à diverses méthodes.

La recherche d’indices par les morsures

La reconnaissance par l’ADN, technique favorite des protagonistes de séries policières, est malheureusement inutilisable à cause du séjour en milieu marin, qui contamine la morsure par des ADN extérieurs. Deux autres méthodes sont possibles. La victime peut avoir pu observer le requin elle-même. Ce cas est rare car il nécessite que les rescapés soient de fins connaisseurs de l’écosystème marin, les plongeurs sous-marin par exemple. A défaut, les expertises médico-légales vont s’attacher à examiner les lésions des survivants ou des cadavres.

« La morsure du requin, c’est comme une carte d’identité ! » affirme François Taglioni, chercheur spécialiste des requins à l’Université de la Réunion. « L’étudier nous permet d’avoir accès à l’espèce, la taille et l’âge de l’individu. » Avec une puissance de 3 tonnes par cm2 – là où la mâchoire humaine n’a que 30 kilogrammes par cm2 de puissance – la morsure du requin laisse dans la chair des victimes des traces caractéristiques.

Onze critères sont mesurés par les médecins légistes, comme la forme de la morsure et de la dent, l’espace interdentaire, ou encore la présence de débris dans la morsure. Les techniques classiques d’imagerie médicale, comme l’IRM ou le scanner, sont utilisées pour obtenir des mesures d’une précision au dixième de millimètre. Toutes ces données sont ensuite comparées à des valeurs de références, qui permettent d’établir le portrait-robot de l’assaillant.

La constitution du portrait-robot des requins

La denture va, par exemple, dépendre du régime alimentaire auquel le requin est adapté, et indique donc l’espèce. Le requin taureau, amateur de poissons de taille moyenne et de seiches, a des dents pointues et étroites. Le grand requin blanc, qui se délecte de grands poissons, de tortues et de dauphins a des dents plutôt triangulaires, plates et crénelées. L’espace interdentaire peut, lui, renseigner sur la taille du requin, qui est généralement corroborée par le témoignage de la victime ou d’un témoin.

Selon une étude parue dans La revue de médecine légale en2014, les attaques impliquent deux espèces de requins : le requin bouledogue et le requin tigre. Sur neuf examens, huit victimes ont été attaquées par le premier et une seule pour le second. Le requin bouledogue est la seule espèce impliquée dans les attaques mortelles. Le requin tigre attaque le cadavre de noyé dévoré secondairement (prédation posthume).

François Taglioni considère que les expertises médico-légales constituent « des outils permettant de mieux connaître les espèces de requins ». Ces portraits-robots pourraient orienter les politiques locales afin d’éviter de nouveaux drames.

Alice Vitard et Nicolas Butor

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Quelles actions après l’identification ?

La connaissance des espèces de requins à l’origine des attaques fournissent des indications sur les politiques à adopter. «Ces mesures devraient aller au-delà de la simple mesure coercitive »proteste François Taglioni. Deux filets anti-requins uniques au monde ont été installés sur les plages de Boucan Canot et Roches Noires.Toutefois, ce procédé a un coût très important pour la commune. En 2016, ils ont été retirés pour un montant de 40 000 euros. « Pourtant, ce n’est pas une mauvaise solution !  » s’exclame le chercheur. « Les autres solutions sont trop coûteuses et/ou nocives pour l’environnement »conclut François Taglioni.

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L’huile de palme enflamme le débat autour de la protection des orangs-outans à Bornéo

Copyright : Cifer88

Une étude menée par le gouvernement indonésien, parue en octobre dernier, montre une augmentation des populations d’orangs-outans. Une conclusion qui a fait réagir des chercheurs spécialistes de la question, qui affirment le contraire. Retour sur une bataille des chiffres entre deux acteurs aux intérêts différents.

Le nombre d’orang-outans à Bornéo est-il en pleine croissance,
ou plutôt en chute libre ? À croire le gouvernement Indonésien, la
population de ces primates se porte mieux que jamais, avec une
augmentation spectaculaire ces dernières années (10 % en deux
ans et 100 % en quelques zones). Cela, grâce à leurs programmes de protection de l’environnement et des espèces en danger. Mais une étude internationale publiée par Current Biology montre qu’au contraire, une diminution dramatique du nombre d’orangs-outans a eu lieu (-100.000 en 16 ans), à cause de l’activité humaine, notamment la déforestation pour la production d’huile de palme.

Alors qui a raison ? Erik Meijaard, chercheur de l’université de
Queensland en Australie et co-auteur de l’étude publiée en mars
dans le journal Current Biologie, dénonce les chiffres avancées
par le gouvernement Indonésien dans un article paru en
novembre dans le même journal
: « Il est biologiquement
impossible que la population d’orangs-outans ait doublé en une
année. »
Selon lui, le problème est dû à la méthodologie utilisée
par l’étude gouvernementale. Il indique que l’étude compte le
nombre d’orangs-outans en 9 sites représentant moins de 5 % du
total des zones habitées par cette espèce, notamment des zones
protégées. Ces erreurs fausseraient ainsi l’estimation finale.

Des chercheurs en désaccord

En revanche, l’étude internationale repose sur une
méthodologie plus complète, selon Serge Wich, professeur de la
Liverpool John Moores University et co-auteur de l’article : « Notre          étude se base sur 16 années de données, qui prennent en
compte le nombre d’orangs-outans et aussi la diminution de leur
habitats naturels.
Il nous précise, avec ces données nous avons
mis en place des modèles pour calculer le nombre actuel
d’individus. »
Ces modèles arrivent à une conclusion dantesque :
100 000 orangs-outans seraient morts entre 1999 et 2015.
Cependant, tout le monde n’est pas d’accord sur ce résultat, y
compris Ashley Leiman, co-auteur de l’article : « Sur le terrain, il
n’y a pas d’évidence pour affirmer une perte de cette magnitude,
ce n’est tout simplement pas vrai »
. Pour cette chercheuse de
l’Orangutan Foundation à Londres, les chiffres avancés par
l’étude indonésienne sont plus crédibles. « Je regrette avoir été
incluse dans ce papier car j’ai beaucoup de questions sur la
méthodologie utilisée par Maria Voigt
[première auteur de l’article
de Current Biologie] », nous avoue-t-elle.

Alors, comment s’explique un tel désaccord, même au sein des
participants de cette étude ? Pour Serge Wich, cela est dû à la
difficulté de calculer une population d’espèces de basse densité,
comme le sont les orangs-outans : « Tout est basé sur des
estimations, donc il est très difficile de savoir qui a raison. Il y a
une marge d’erreur importante. »
Et s’il est difficile d’estimer la population actuelle de ce primate, cela devient presque impossible quand on veut estimer des populations dans le passé. « Nous ne pouvons pas connaître le nombre d’orang-outans il y a deux ans. Il est alors difficile d’affirmer qu’il y a eu une augmentation significative, comme le suggère l’étude du gouvernement indonésien », conclut-il. Mais si cela est vrai pour l’étude officielle, peut-être
que l’étude internationale est aussi biaisée et que la chute de population de cette espèce n’est pas si spectaculaire qu’ils le présentent.

Des intérêts pas si différents

Ainsi, une bataille des chiffres s’est mise en place entre un gouvernement soucieux de répondre à des devoirs politiques et un institut de recherche voulant démontrer la gravité de la situation. Un débat qui se joue sur le sujet de l’huile de palme. Les deux parties défendent leurs intérêts. Le gouvernement tente de prouver ses bonnes pratiques en termes de politiques environnementales. « Bien sûr que leur objectif est de montrer une évolution dans la conception qu’ils ont du problème », explique Serge Wish. Et un institut qui cherche à faire réagir pour avoir une portée internationale et pour inciter le gouvernement à bouger plus rapidement ses politiques publiques.

Cependant, pour Serge Wish et Ashley Leiman, il ne faut pas
perdre de temps avec ce combat des chiffres qui ne mènerait à
rien. Les problèmes de déforestations sont réels et il faut agir
maintenant. « Le gouvernement fait des efforts pour réduire
l’impact de la production d’huile de palme sur les orangs-outans,
insiste Serge Wish. Il faut continuer et mettre en plus une
pression sur les industriels pour que tout le monde puisse aller
dans le bon sens. »
Malgré la pression internationale, ces
changements dans les habitudes de ce pays prendront du
temps. « Mais ce sont les seuls possibilités pour préserver ce
pays et sa biodiversité »,
conclut Serge Wish.

Cliquez ici pour en savoir plus sur les causes de l’extinction des orangs-outans.

Nicolas Gutierrez (@n6g6c) et Robin Lemoine (@robinlemoine)